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CONSTRUCTION AMATEUR
LES RISQUES ET LEUR PRÉVENTION |
Alain Héluwaert
paru dans Canoë Kayak Magazine, 1990 : N°99; p. 60-62,
mis à jour le 19/02/2002
Une des originalités de notre sport est la construction des bateaux par leurs utilisateurs, généralement par enduction manuelle de tissus de verre avec une résine polyester insaturée. Cette pratique a un caractère historique : dans les années cinquante, la technologie des stratifiés appliquée aux canoës et aux kayaks est née et s'est développée dans les clubs ; les professionnels, formés dans les clubs, ont suivi. Malgré le rapport qualité-prix très satisfaisant de la construction professionnelle, la construction d'amateur reste une pratique courante, considérée comme valorisante et formatrice.
L'amateur n'est pas soumis à la législation professionnelle ; celle-ci est contraignante et financièrement pesante (voir articles du Code du travail en annexe). Il ne faut pas pour autant banaliser la mise en oeuvre des stratifiés : les risques sont réels et d'autant plus présents que l'on se rapproche, par la durée du travail ou par l'application de technologies particulières, des conditions du travail professionnel. Il faut bien connaître les produits, respecter les précautions de transport, de stockage, de manipulation et d'usinage ; les locaux doivent être conçus pour un moindre risque ; la conduite à tenir en cas d'accident ou maladie doit être connue. L'étude du tableau I renseigne sur la nature des produits utilisés et sur les risques. Sont liés à l'équipement de l'atelier : incendie, explosion, intoxication respiratoire ou neurologique, pollution par les microfibres. En rapport avec le comportement individuel : eczéma des mains, avant-bras et visage, lésion oculaire par projection de catalyseur, plaie par maniement du tranchet d'ébarbage.
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Polyesters Insaturés Epoxydes Polyuréthanes |
Allergisants: Eczéma Allergie+++ Eczéma Gaz asphyxiants lors combustion |
Asthme
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Styrène
Métacrylate de méthyle |
Irritation nasale
et oculaire, puis somnolence, troubles neurologiques (coordination, vision).
En cas d'exposition chronique : troubles neurologiques (fatigue, touble
mémoire et équilibre, maux de tête).
Irritations des bronches, des yeux et de la peau
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A forte concentration : coma, dépression de la respiration. Lors d'exposition prolongée, le styrène est possiblement cancérigène (lignées sanguines).
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Peroxydes de Méthyléthylcétone, Peroxydes de benzoyle |
Caustiques+++ : Risque perte de vision définitive Explosif à 85 °C
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Corrodent le verre et les métaux
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Sels de cobalt Trichlorofluorométhane (agent moussant des polyuréthanes) |
Allergie +++, Eczéma Si mauvaise ventilation : coma, inflammable +++
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Chlorure de polyvinile |
R.A.S. |
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Acétone |
Inflammable +++ point éclair-18° Explosif++ de 2.5 à 12.8 vol% Décapage des mains
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Si mauvaise ventilation : nausée, vomissements, maux de tête, somnolence |
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Microfibres : verre, carbone, kevlar Ensimage |
Irritation mécanique de la peau et tissus pulmonaires Eczéma |
Possiblement cancérigènes (mésothéliomes pleuraux)
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Les qualités de l'atelier déterminent le niveau de travail : un atelier aux normes du code du travail* permet de construire de façon prolongée et répétée à moindre risque et rend possible des techniques à haut risque comme le pistolage des gel-coats, le moussage des polyuréthanes ou l'usinage des pièces à la ponceuse électro-mécanique. Un local mal ventilé, chauffé par incandescence (radiateurs électriques, rampes infra-rouges), sans sécurité électrique, doit rendre prudent : pas de séance trop prolongée, pas trop souvent, aération périodique par ouverture des portes et fenêtres, utilisation de résine à faible émanation de styrène (S 45332 TAE de Norsolor). Les pulvérisations de gel-coat et le ponçage électro-mécanique sont proscrits ; l'usage des solvants doit s'entourer de précautions et le moussage des polyuréthanes se fait à l'extérieur.

L'amélioration du local passe par l'installation d'extracteurs d'air puissants, installés dans les postes de ponçage et de coupe de tissus, alimentés par des bouches d'aération dans le secteur opposé. Ce système de ventilation doit être mis en service pour tous travaux de stratification, de ponçage, de coupe de tissus ou de nettoyage et pendant la polymérisation d'une coque.
Le stockage des produits hautement inflammables et explosifs doit être minimaliste. Le récipient de stockage doit être compatible avec le produit, rangé plein pour minorer le risque d'explosion, hermétiquement clos, à l'abri de la lumière, entre +4°C et +18°C. Il faut exiger du distributeur que les récipients aient un étiquettage correct mentionnant le nom du produit, sa composition et les pictogrammes informant des caractères inflammable, explosif, corrosif ou toxique. Le catalyseur doit être stocké à part. Il faut limiter les stocks d'acétone et de mousse de polyuréthane. Mieux vaut se faire livrer que de jouer au "salaire de la peur".
L'installation électrique et l'éclairage doivent être de qualité étanche (norme IP 555) : un seul élément défectueux condamne l'ensemble de l'installation. Il faut supprimer les convecteurs électriques et les rampes infrarouges.Un chauffage sûr fonctionne sans fIamme, ni étincelle, à une température inférieure à 150°C : chauffage central, radiateur à bain d'huile, soufflerie d'air chaud.
Quatre accessoires de sécurité sont indispensables : du sable dans un seau, près de la table du chimiste, sert à absorber les coulures de catalyseur ; un extincteur à poudre, modèle industriel, est accroché près de la porte d'entrée ; des seaux avec couvercle recueillent les chiffons et le sable souillés ; enfin un évier permet un lavage immédiat et abondant en cas de projection de catalyseur.
Il émane souvent des véhicules de transport collectif affectés au canoë-kayak une forte odeur de résine. Celle-ci provient du kit de réparation des stratifiés et témoigne d'un mauvais conditionnement. On s'y accoutume vite et le risque est de provoquer, lors d'un parcours prolongé, notamment chez le conducteur, des symptômes neurologiques comme de la somnolence, des troubles visuels, des maux de tête, des troubles de l'équilibre. Inutile de détailler les implications sur la conduite automobile ou la pratique ultérieure du canoë-kayak...Dans un véhicule à l'arrêt au soleil, les températures critiques des produits (explosion ou incendie) peuvent être largement dépassées et le kit peut être le point de départ d'un incendie.
Il est particulièrement important que les conditionnements soient correctement réalisés avec étiquetage, récipients hermétiquement fermés, incassables et compatibles avec le caractère corrosif des produits.Les flacons de solvants doivent être maintenus pleins. Il convient d'emballer le tout dans une boite en plastique étanche et si possible doublée d'un isolant thermique. Elle sera placée à l'abri du soleil. Rappelons enfin que résines, accélérateur, catalyseur et solvants appartiennent à une classe de produits soumis à réglementation en cas de transport aérien, ferroviaire ou en car.
La protection individuelle évite les désagréments cutanés causés par les produits chimiques et les fibres : combinaison fermant bien aux poignets et aux chevilles, gants liquides sur les mains non irritées, gants en vinyl à changer souvent (chaque heure) sur des mains abîmées ; il faut absolument déconseiller le nettoyage des mains à l'acétone qui décape la couche protectrice lipidique de la peau et la rend très vulnérable. Certaines règles de travail sont particulièrement bénéfiques : ne pas fumer, jeter les chiffons imprégnés dans un seau refermé par un couvercle, boucher les flacons et bidons entre deux prélèvements. Les produits renversés sont immédiatement recueillis avec du sable dans le seau à déchets.
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Le responsable de la construction a un rôle pédagogique ou
"répressif" dans l'acquisition de ces habitudes ; il doit également
mettre à disposition des quantités proportionnées
au travail de la journée dans des récipients étiquetés
et contrôler le stockage et l'évacuation des déchets
inflammables.
Tous ces produits chimiques sont nocif pour la faune et la flore. Ne les jetez ni dans la nature, ni dans l'évier, ni aux ordures ménagères. Confiez les déchets ou ces produits lorsque vous nen avez plus besoin à une déchetterie. |
Le tableau Il résume les différentes situations. Il convient d'insister sur le rinçage immédiat et prolongé à l'eau du robinet en cas de projection de catalyseur (notamment au niveau des yeux). Un feu débutant s'éteint au sable ou à l'extincteur à poudre. La combustion de polyuréthanes est extrêmement toxique pour l'appareil respiratoire : la victime doit être hospitalisée d'urgence (SAMU) et en cas d'incendie, les pompiers doivent être prévenus de la présence de telles substances.
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| INCENDIE
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Peroxydes Acétone Polyuréthanes |
Stockage à part en petite quantité Sécu. chauffage Ne pas fumer |
Sable Extincteur à poudre |
| EXPLOSION
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Acétone Peroxydes |
Ventilation Sécu. électrique & chauffage Ne pas fumer |
tél. : 18 ... |
| DERMATOSES
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Époxydes polyesters Accélérateur |
Gants liquides. Ne pas laver les mains à l'acétone |
Neutrogéna mains® Avis médical |
| BRULURES OCULAIRES
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Peroxydes (catalyseur) |
Lunettes de sécurité. Poste de chimie bien conçu |
Lavage à l'eau pendant 2 minutes. Consultation en urgence d'un ophtalmologiste. |
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Microfibres |
Ventilation Combinaison de travail Aspiration sur ponceuse + masque |
Se doucher et se brosser. Dermocuivre® Laver les vêtements à part |
| MALAISES, SOMNOLENCE, MAUX DE TETE
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Styrène Métacrylate de méthyle Acétone |
ventilation |
Aérer Sortir à l'air libre |
| SUFFOCATION
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Combustion de mousse polyuréthane |
Eviter le stockage Ne pas faire brûler |
Eteindre au sable Ne pas respirer les fumées |
Ne vous prenez pas pour un professionnel dans un atelier de club. Trop d'heures de travail, trop de produits stockés, trop de poussières de fibres, une ventilation insuffisante, une installation électrique ou un chauffage incendiaire : il en résultera au mieux de petits désagréments comme démangeaisons, eczéma, maux de tête. Ce pourra être aussi un accident sévère comme une projection oculaire de catalyseur ou un incendie. De bonnes conditions de travail favorisent une fabrication de qualité, évitent le découragement et la fuite devant le poisseux, le prurigineux et l'insalubre.
Art. R232-12 à 15 : obligation d'évacuer les vapeurs, poussières et gaz nocifs et éventuellement de porter des protections individuelles.
Art. R233-14 à 16 : classement et stockage des matières premières inflammables- prévention des incendies.
Décret du 23 août 1947 modifié concernant les travaux de peinture ou de vernissage par pulvérisation.
Décret du 14 novembre 1962 sur la protection des travailleurs dans les établissement qui mettent en uvre des courants électriques (art. 43,44).
> le styrène : http://www.ineris.fr/recherches/download/styrene.pdf
> les pictogrammes des produits dangereux http://www.commeunpro.com/infos/conseils/etiquettes/produits.html